CONTRIBUTION : Il faut châtier les nervis sans oublier les pyromanes

« Les nervis sont des animaux sauvages » tranche nettement Pape Alé Niang. Nous sommes tous, tout à fait d’accord avec toi, Pape. Les nervis, les commanditaires et leurs recruteurs doivent être identifiés au plus vite et châtiés de la façon la plus exemplaire. Ils sont dangereux et nuisibles. C’est indiscutable. Dans un Etat sérieux, c’est le régime en place qui doit organiser et gérer la sécurité des hommes publics comme du reste celle de toute la population. Cela revient à dire que les forces publiques suffisent à protéger les hommes et femmes aussi bien du pouvoir que de l’opposition. Autant on ne doit pas permettre à Macky d’être accompagné autant on ne doit pas laisser n’importe quel opposant se faire entourer par des gros bras.

Toutefois, regrettons-le. Aujourd’hui, une certaine presse aussi bien traditionnelle qu’en ligne se focalise sur les nervis. Or, ils ne sont pas les seules menaces et les seules plaies du pays de la teranga. Les nervis ne sont pas plus dangereux que les pyromanes qui se classent en deux catégories : ceux qui tiennent un discours de feu et ceux qui incendient les domiciles des autres sénégalais. Ceux-là sont du même niveau de de dangerosité que les nervis.

Il faut identifier tous ceux qui soufflent sur les braises et qui activent le feu et ceux qui passent à l’action en incendiant les domiciles de sénégalais dont le seul tort est de ne pas partager leur opinion. Quel que soit le bord où ils se situent, ils doivent être dénichés, punis de la façon la plus sévère et mis hors d’état de nuire.

 Mais curieusement, on veut adouber et prendre ces nouveaux types de sénégalais qui commencent à faire très mal comme des héros. Leurs cœurs et leurs esprits bouillent de violence, d’intolérance, de barbarisme et de banditisme aussi bien dans le verbe que dans l’acte. Ces personnes très violentes dans le verbe comme dans les actes, on les retrouve chez les hommes politiques, chez les enseignants, chez les activistes et même chez certains hommes et femmes de presse. On minimise et banalisent la dangerosité. Les différents états-majors politiques font la promotion de la violence. Ils en font même l’apologie.

Pour ces gens, ce qui vient de se passer au Sénégal est un fait anodin. Ils sont prêts pour l’escalade. Et ce sont de hauts responsables qui montent aux créneaux pour annoncer le carnage, le déluge. Des hommes politiques de renom, souvent même issus des prestigieuses familles religieuses, élèvent dangereusement le ton. S’ils n’annoncent pas une seconde vague particulièrement violente et meurtrière, ils nous apprennent que si Macky veut faire un troisième mandat ils ne vont pas le battre dans les urnes comme lui l’a fait avec wade, mais ils préfèrent y laisser leur vie. Leurs cadavres joncheront le sol du pays disent – ils en chœur. Ils protègeront leurs enfants et épouses et enverront les enfants des autres s’entre tuer.  

Les nervis qui se pavanent ne sont pas de l’opposition. Ils sont dans l’arrière cours du pouvoir, nourris, blanchis et protégés. S’ils n’ont pas été recrutés par Macky Sall, ils l’ont été par des gens identifiés et indentifiables. S’ils ne sont pas sanctionnés, cela veut dire qu’au plus haut niveau, ils sont protégés. De ce point de vue, le pouvoir garant de notre sécurité est le premier défaillant. Un nervi n’a absolument rien à faire dans une caravane présidentielle qui, elle-même, n’a pas sa raison d’être. Trois véhicules suffisent dans une visite de travail.

Ceux qui mènent des descentes expéditives et qui brûlent les maisons de paisibles citoyens sénégalais ne sont pas du pouvoir. Ils sont bel et bien encadrés et bénis par l’opposition qui entretient de gros bras. On apprend et encourage les jeunes à brûler, à insulter, à saccager, à voler, à défier outrageusement les forces de l’ordre. Ils deviennent de plus en plus expéditifs. Une partie du pouvoir et de l’opposition ne dénoncent jamais la folie meurtrière qui s’est abattue sur le Sénégal. Elle applaudit, encourage et prie pour qu’elle s’intensifie afin qu’elle puisse y tirer profit.

L’injure devient l’argument majeur. Il y’a des insulteurs au cœur de la république et des insulteurs royalement installés dans la rue publique. Si la République protège ses insulteurs, la rue publique elle, célèbre et s’appuie sur les siens. On dénonce la présence de nervis dans la caravane du président mais applaudit lorsqu’on brûle sa maison familiale comme si c’est quelque chose à magnifier. Chacun souhaite le pire à l’autre et s’en glorifie.

La violence s’empare de l’espace universitaire où poussent des gangs et où les machettes, gourdins, armes blanches et les bouquins se mélangent. Ceux qui auront en charge la conduite des affaires du pays dans les années à venir s’affrontent non pas sur le plan des idées mais avec toute sorte d’armes pour des raisons de positionnement qui donnent accès à l’argent. Les amicales deviennent la photocopie des partis politiques. On s’y affronte, s’y bagarrent, violemment, comme dans la jungle. Les professeurs deviennent des cibles. Ils sont attaqués et violentés sans cause. On en parle un peu, on s’indigne un temps et on oublie.

D’où qu’elle vienne, quelque soit la personne sur qui elle s’abat, la violence doit faire l’objet d’une condamnation et d’une punition extrême. C’est le cas de ceux qui ont incendié les maisons de Birima, de M El Diouf et des parents de Macky Sall. S’en réjouir c’est encourager c’est s’exposer soi-même.

                                                   Falilou Cissé

                                    Bamako, tel 94 20 66 87

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